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INTERVIEWS - Marie DROGUE
Marie DROGUE
Productrice

Comment est née l'idée de ce film?

On me pose souvent la question : "pourquoi n'avez-vous pas fait un film sur Obama ?" D'une part l'idée du film a amené d'une volonté forte de René-Jean Bouyer, le réalisateur, et d'autre part avec Jean-François Boyer, nous avons immédiatement pensé que ce portrait pourrait être riche, car il nous permettrait de retracer plus de 30 ans de politique américaine et de replacer Hillary dans un contexte historique et non juste dans une actualité. N'oublions pas non plus qu'Obama était encore inconnu du grand public et des français il y a un an. Cela est toujours amusant de voir apparaître des évidences qui ne l'étaient pas en fonction de la place prise par ces personnes dans les médias. C'est comme le fait qu'on se soit très peu intéressé à McCain et qu'à un moment donné de la campagne, on pouvait penser que les élections américaines ne se jouaient qu'entre démocrates.

Et votre regard en tant que femme ?

"Derrière chaque grand homme, il y a une femme", cette expression m'interpelle toujours et j'ai bien évidemment un regard différent sur Hillary dont j'ai souvent discuté avec René-Jean. On dit souvent que les femmes en politique, ou dans la vie professionnelle, doivent être des hommes pour réussir. Combien de fois j'ai entendu, " c'est un vrai mec, une femme à poigne, de caractère" etc. Dans une société où l'on parle du pouvoir des femmes que ce soit dans leur vie personnelle ou professionnelle, j'ai trouvé qu'il était passionnant de s'intéresser au parcours d'une femme qui se présentait comme candidate à la présidence du pays le plus puissant du monde. Il est aussi important de comprendre le parcours d'Hillary, qui a eu rôle primordial, rappelons-le, dans les deux mandats de Bill Clinton, et qui après avoir été la femme la plus humiliée de cette planète a décidé de rester et de prendre le pouvoir. Tracer le profil psychologique d'Hillary, essayer de comprendre ses motivations et jusqu'où celles-ci peuvent la mener aujourd'hui et demain, nous en apprend en peu plus sur elle mais aussi sur le rapport entre "femme et pouvoir". Il y a deux interviews qui m'ont touchées qui sont celles des deux professeurs d'Hillary où l'on découvre que son père était très exigeant sur les notes de sa fille (elle ne l'aurait déçu pour rien au monde) et sur aussi le fait qu'elle devait jouer avec les garçons pour mieux les comprendre et trouver sa place dans ce monde d'hommes. Cela m'a rappelé des choses sur ma propre enfance. Mon père évoluant dans le milieu des affaires, je l'ai souvent observé, écouté, et force est de constater que je n'y ai pas croisé beaucoup de femmes. J'en ai conclu assez vite que si je voulais faire parti de ce milieu, il fallait que j'en apprenne les règles et je me suis mise au foot dans la cour d'école. :-)

Avez vous pris contact avec Hillary Clinton ?

René-Jean souhaitait que ce soit une biographie non autorisée pour se permettre une réelle liberté d'écriture face au personnage. De plus avec la campagne qui commençait, les interviews données par Hillary étaient très cadrées. Donc aucun intérêt pour notre portrait qui se voulait plus analytique et replacer Hillary dans un contexte historique.

Quelles ont été les difficultés rencontrées sur ce film?

Les archives ! Cela a été une vraie bataille. Le film est composé à 80% d'archives, ce qui est d'abord un coût financier car nos sources sont principalement privées. Sans oublier l'aspect éditorial. Raconter l'histoire d'Hillary et Bill depuis leur enfance à aujourd'hui, ce sont des jours de visionnages pour trouver la bonne image. La masse d'archives fut telle que les choix furent très difficiles et il y a beaucoup de déchets. Mais c'est tout le talent de René-Jean Bouyer de repérer la séquence, le geste, le sourire qui nous racontera cette histoire. Il arrive à faire parler ces archives comme un roman. C'est un conteur.

Vous aimez le documentaire et vous êtes très investie dans vos films, quels sont vos prochains projets ?

J'ai beaucoup d'autres projets mais deux retiennent mon énergie en ce moment. "Le spleen Japonais" ou le syndrome de Paris, qui m'a été présenté par Joseph Beauregard, réalisateur prix FIPA 2007 avec "Les avocats du salopard". Ce documentaire nous raconte l'histoire de touristes japonais qui ont rêvé Paris pendant plusieurs années. Mais lorsqu'ils rencontrent l'objet de leur amour et fantasme, ils en perdent la tête. En Israël, c'est « le syndrome de Jérusalem », à Florence le « syndrome de Stendhal » et en Inde « le syndrome indien ». C'est ce que l'on appelle plus communément dans le milieu psychiatrique « Le syndrome du voyageur » et dont les japonais seraient très sensibles lors de leur rencontre avec Paris à tel point qu'un service leur est réservé à l'hôpital Sainte-Anne.
Le deuxième projet est un documentaire d'histoire pour lequel j'ai une tendresse toute particulière. Patrick Wojtkowiak en est le réalisateur et auteur. C'est le récit de tous ceux qui un jour ont cherché un eldorado, une autre vie et sont partis à la rencontre d'un monde nouveau. Au début des années 60 à Zouérate en Mauritanie, au milieu de ces "bricolages culturels" qui créeront des aberrations, des liens vont se tisser. Aujourd'hui, que reste-t-il de leur histoire? C'est celle de Souleymane ce berger qui deviendra minier et qui fera la rencontre de Simon, ce lorrain venu tenter l'aventure. Mais le résultat n'est pas souvent celui escompté et chacun repartira avec ses rêves et désillusions en se demandant pourquoi? Un beau projet avec des archives en super 8, témoignages et images d'aujourd'hui.







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